Antre du lièvre

L’Antre du lièvre, ou Wapushakamikw, est le nom que porte aujourd’hui une grotte de quartzite située dans la région administrative Nord-du-Québec, sur le territoire d’Eeyou Istchee. Fréquenté depuis plus de 5000 ans par les Autochtones, l’endroit revêt une grande importance sur les plans spirituel et archéologique. Louis Jolliet, explorateur canadien, serait le premier à avoir indiqué l’existence de ce lieu sur une carte, en 1684.

Accessible uniquement par la rivière Témiscamie, le site de l’Antre du lièvre – d’une superficie de 1,5 kilomètre carré – consiste en une petite élévation au sommet dénudé appelée Colline Blanche en raison du quartzite de Mistassini, une pierre siliceuse qui lui donne un aspect blanc et brillant. En fondant, le glacier, qui recouvrait l’endroit il y a des millénaires, a creusé nombre de cavités et de corniches, dont l’« antre de Marbre », une caverne également composée de quartzite. À l’intérieur de la grotte se trouve une chambre aux murs grisâtres de trois mètres de diamètre et d’une hauteur d’environ deux mètres. Une seconde cavité peut être observée au fond de la caverne.

Également nommée Tchitchémanitu ouitchchouap, ou la « Maison du Grand Esprit » par les Autochtones de la région, la grotte fut le théâtre de rites chamaniques. Le jésuite Pierre-Michel Laure, qui fit la toute première description de l’endroit en 1730, mentionne que c’était un lieu sacré où les Autochtones venaient prier. Des légendes locales racontent que la caverne servait d’abri à un lièvre géant, d’où le nom actuel de Wapushakamikw.

Quand les Amérindiens découvrent l’endroit, la carrière de quartzite qui s’offre à eux représente une véritable mine d’or. Formée de cristaux de quartz soudés ensemble, cette roche facile à tailler s’avère fort utile dans la fabrication d’armes et d’outils tranchants comme des couteaux, des pointes de flèches ou des racloirs. La situation géographique de la Colline Blanche, à proximité d’un vaste réseau de lacs et de rivières, ainsi que la grande quantité de pierres qu’elle recèle en font un véritable centre de commerce qui favorise le rayonnement du quartzite de Mistassini jusqu’en Nouvelle-Écosse et dans le nord-est des États-Unis. Les outils façonnés à partir de cette matière convoitée sont échangés de génération en génération à l’intérieur d’un vaste territoire. L’exploitation du quartzite de la Colline Blanche s’est par ailleurs perpétuée jusqu’au 19e siècle, soit bien après l’apparition du fer dans le quotidien des Autochtones.

Le lieu est classé site archéologique en 1976. Les fondements de la discipline archéologique au Québec sont redevables aux premières fouilles faites à la Colline Blanche, entre 1947 et 1970. Louis-Edmond Hamelin, ex-directeur du Centre d’études nordiques de l’Université Laval, y a d’ailleurs déjà fait des recherches. Dix mille éclats de pierre, des outils vieux de 6000 ans, des centaines d’objets ainsi que les traces d’anciens campements, témoins des premiers contacts entre Autochtones et explorateurs français, ont été mis au jour par des archéologues sur les berges de la rivière Témiscamie.

Aujourd’hui, la carrière de quartzite de l’Antre du lièvre n’est plus exploitée, mais le lieu conserve une grande importance pour les Cris de Mistissini qui veillent à sa protection. Premier site archéologique à avoir été classé « bien culturel » (depuis 1976, sous le nom de Colline Blanche) par le gouvernement provincial, Wapushakamikw se trouve sur le territoire du projet de parc national Albanel-Témiscamie-Otish.

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