Boeuf musqué

Le bœuf musqué est un ruminant qui, malgré sa ressemblance avec les bovins, s’apparente davantage à la chèvre et au mouflon. Animal sédentaire, il vit en troupeau d’une quinzaine d’individus en moyenne dans la toundra arctique.

Trapus et massifs, le mâle et la femelle sont tous deux dotés de larges et puissantes cornes aux extrémités effilées. Chez le mâle, les cornes forment un bandeau sur le dessus de la tête mesurant près d’une dizaine de centimètres, alors que chez la femelle, elles sont séparées par une bande de fourrure. Court sur pattes et muni d’une bosse dorsale, le bœuf musqué a une hauteur de 1,9 à 2,5 m, et peut peser jusqu’à 340 kg pour le mâle et 230 kg pour la femelle.

La période de reproduction a lieu en août et septembre. Lors du rut, les mâles s’affrontent dans des combats qui peuvent s’avérer mortels pour certains d’entre eux. Des glandes situées près de leurs yeux produisent une sécrétion très odorante qui leur a valu le nom de bœuf musqué. Les mâles en enduisent leurs pattes antérieures avant de s’élancer tête première vers leur adversaire. Seul le gagnant peut s’accoupler avec l’ensemble des femelles du troupeau. Celles-ci portent ensuite leur petit (un seul par gestation) pendant huit mois et demi et mettent bas entre avril et juin. En naissant, le bouvillon est déjà couvert d’un manteau laineux et marche à peine quelques heures plus tard. Le bœuf musqué a une longévité d’une vingtaine d’années.

L’organisme du bœuf musqué est parfaitement adapté aux rigueurs du climat polaire. Trait distinctif, son long pelage sombre lui a valu le surnom d’omingmak, mot inuit signifiant « l'animal dont la fourrure est comme une barbe ». Sous les longs poils noirs qui le recouvrent – une merveille d’ingénierie – se cache un second manteau : une laine isolante, baptisée qiviut par les Inuits et réputée plus douce que le cachemire. Cette chaude fourrure permet à l’animal d’affronter les températures glaciales de l’Arctique. Les Inuits la ramassent directement sur le sol lors de la mue, au milieu de l’été, période où le bœuf musqué présente une toison en lambeaux. 

Mis à part l’homme, le loup arctique est le seul prédateur du bœuf musqué. Quand le danger se manifeste, les membres du troupeau utilisent une stratégie particulière : ils courent se réfugier sur un terrain surélevé ou dans un endroit dégagé. Ils se regroupent ensuite pour former un cercle de défense compact, notamment dans le but de protéger leurs petits de la menace extérieure. Si leur ennemi ne renonce pas, ils peuvent charger. Efficace contre le loup, cette méthode s’est avérée une aubaine pour certains chasseurs venus du sud, ce qui a failli mener à la disparition de l’espèce. Heureusement, le gouvernement a mis en place des mesures dès 1917 afin de sauvegarder le bœuf musqué.

Comme le caribou, l’alimentation du bœuf musqué varie selon les saisons. Herbivore, il se nourrit principalement de saule, d’herbe et de carex en hiver. La forme arrondie des sabots de ses pattes antérieures lui permet de fouiller et de creuser la neige pour accéder à de la nourriture tout en l’empêchant de s’y enfoncer. Par contre, lors d’hivers plus humides, le couvert de neige peut se transformer en glace, rendant l’accès au fourrage plus ardu. Il arrive que le ruminant utilise sa tête pour fracasser la croûte de neige durcie. Des hivers trop rigoureux déciment parfois les populations de bœufs musqués, en raison de la difficulté d’accès à la nourriture. À l’apparition du printemps, il devient plus facile pour les bœufs musqués de s’alimenter avec la fonte de la neige; ils ont accès à une plus grande variété de nourriture, dont du lichen et des mousses.

Originaire d’Asie, le bœuf musqué est arrivé en Amérique du Nord il y a 90 000 ans, en empruntant le détroit de Béring. Sa population s’est ensuite graduellement étendue aux îles de l’Arctique canadien jusqu’au Groenland. Jusqu’en 1967, le bœuf musqué n’avait encore jamais foulé le territoire du Nunavik. On préleva une douzaine de femelles et trois mâles sur l’île d’Ellesmere, au Nunavut, pour les amener à quelques kilomètres de Kuujjuaq, plus précisément à Umingmaqautik. L’animal fut implanté au Québec pour que les Inuits puissent en faire l’élevage, notamment pour sa viande et sa laine. Cette tentative n’eut pas le succès escompté, les Inuits de l’époque étant plus fidèles à leur tradition de chasseurs nomades qu’à une vie d’éleveurs. L’activité fut abandonnée en 1983. Aujourd’hui toutefois, environ deux milliers de bœufs musqués vivent en liberté dans la toundra du Nunavik, conséquence de cette introduction heureuse.

Autre contenu du même type :
Faune Documents
En savoir plus