Chisasibi

Chisasibi, qui signifie « grande rivière » en cri, est un village de 4 000 habitants situé sur la rive sud de la Grande Rivière, dans le Nord-du-Québec. Environ 3 800 Cris, 150 Inuits et 300 Jamésiens y vivent en permanence, ce qui en fait la plus peuplée des communautés cries au Québec.

Se trouvant au 53e degré de latitude nord, Chisasibi fait partie du territoire Eeyou Istchee, « terre du peuple », nom donné par la nation crie au territoire qu’elle occupe dans le nord de la province. À cette latitude, la forêt boréale cède la place à la toundra arbustive et à la toundra arctique. Le climat y est froid, et d’importantes variations de température y sont observées annuellement. La saison hivernale est longue, et le thermomètre peut descendre jusqu’à −35 °C, alors que pendant l’été, il peut monter jusqu’à 34 °C.

On se rend à Chisasibi par avion avec les compagnies locales Air Creebec ou Air Inuit, qui desservent la région jusqu’à la Grande Rivière. Il est également possible d'y accéder par hydravion en accostant sur la côte de la baie James. Chisasibi est la dernière communauté crie d’Eeyou Istchee à être accessible en voiture. Puisque plusieurs zones de ce territoire sont protégées, l’accès aux chantiers des grands projets hydroélectriques est parfois ardu. On considère d'ailleurs cette situation comme l'un des enjeux majeurs du développement nordique.

La fondation de Chisasibi remonte à 1981, bien que l’île de Fort George, à 14 kilomètres du village cri, était déjà habitée depuis plus d’une centaine d’années. L'emplacement du village actuel constituait un lieu de rassemblement pour les Cris pendant l’été. La Compagnie de la Baie d’Hudson y opérait déjà un poste de traite en 1803 en raison de sa situation géographique maritime avantageuse et stratégique.

Entre 1852 et 1927, des missions religieuses anglicanes et catholiques tentent de convertir les Cris établis sur l’île de Fort George, mais ces derniers s'accrochent fortement à leurs croyances animistes. Ils respectent l’âme de la Grande Rivière, la rivière Chisasibi. Toutefois, l’érosion des berges, problème anticipé en raison des chantiers en construction entourant la Grande Rivière, force les Cris à quitter l’île et à se déplacer. Afin de demeurer sur leurs terres ancestrales, quelque 200 maisons ont été déménagées et rénovées, et 100 nouvelles ont été construites.

Au nouveau village, on trouve des habitations unifamiliales et des tipis. Ces derniers, annexés aux maisons, servent de cuisine d’été. On y braise, sèche et fume les poissons, les sauvagines et les venaisons. Ces méthodes de conservation de la viande, de la volaille et du poisson sont pratiquées tant par les Cris que par les Inuits. Les espèces prisées des chasseurs sont toutefois différentes d’une culture à l’autre : les Inuits s’intéressent aux bélugas, alors que les Cris privilégient la martre et les orignaux. Les deux peuples chassent les oies, les caribous, les lagopèdes et les phoques. Fait amusant, l’hôpital de Chisasibi a même pris l’initiative de servir à ses patients des menus de viande sauvage afin de respecter les goûts et les traditions culinaires de sa clientèle.

La cérémonie de la danse du Soleil, fête au cours de laquelle la communauté jeûne pendant quatre jours dans la forêt d’épinettes noires la plus au nord du village, est une tradition importante sur le plan culturel pour les Cris. La croyance veut qu’en s’engageant dans cette expérience physique difficile, les prières des participants soient exaucées. On dit que ce jeûne prolongé est aussi pénible qu'un accouchement, mais gratifiant pour l’esprit. Les peuples autochtones ne célèbrent pas tous la danse du Soleil selon les mêmes rites et protocoles, mais chacun fait honneur à la nourriture offerte par la nature lors d’un grand festin final. Cette tradition permet d’enseigner à la jeunesse le don de soi ainsi que le respect de la nature et des traditions, qui sont des valeurs cries profondes.

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