Lac Guillaume-Delisle

Le lac Guillaume-Delisle, d’une superficie de 691 kilomètres carrés, est entouré de falaises majestueuses appelées cuestas hudsoniennes, les plus hautes et les plus époustouflantes du Nunavik. Renommé à plusieurs reprises, le lac est finalement baptisé Guillaume-Delisle en 1962 en l’honneur du géographe qui l’a jadis exploré sous la régence de Philippe d’Orléans.

Le lac Guillaume-Delisle se trouve près du village d’Umiujaq, à environ 160 kilomètres au nord de Kuujjuarapik. Umiujaq, dont le nom signifie « colline qui ressemble à un umiak » (embarcation inuite traditionnelle fabriquée en peaux de morse ou de phoque), a été fondé en 1986. Les habitants y vivent près de la nature, comme le faisaient leurs ancêtres, en subsistant grâce à la pêche et à la chasse au caribou, au béluga et au phoque.

Au début du 18e siècle, on rapporte des activités commerciales de traite des fourrures entre les autochtones et les Français, mais aussi entre les Cris et les Inuits, près du lac Guillaume-Delisle, de la baie d’Hudson et d’Umiujaq. Le passage entre la baie d’Hudson et la baie d’Ungava par le lac Guillaume-Delisle facilite ces échanges. Toutefois, en 1956, la Compagnie de la Baie d’Hudson procède à la fermeture définitive de son poste de traite, qu’elle ne juge plus rentable. Ces sites de traite vétustes demeurent une source de fascination pour les archéologues, les conservateurs d’objets anciens et les quelques professeurs d’université qui y trouvent des artefacts de la vie d’une autre époque. Il est d’ailleurs encore possible de voir, sur la rive sud du lac, les vestiges d'un poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson.

Un chenal de roches polies par le retrait de la calotte glaciaire — appelé le Goulet — et encadré de hautes falaises fait communiquer le lac Guillaume-Delisle avec la baie d’Hudson. Le débit de l’eau y est très puissant, faisant en sorte que l’eau ne gèle jamais à l’embouchure du Goulet. Le taux de salinité des affluents du lac, combiné au mouvement des marées, contribue à faire du lac Guillaume-Delisle une étendue d’eau saumâtre. Par ailleurs, les rivières tributaires du lac Guillaume-Delisle franchissent un plateau de granit avant de poursuivre leur chemin sous forme de chutes et de cascades, entraînant dans leur sillage des sédiments qui sont déposés au fond du lac.

Les marées, d’une moyenne de 0,6 m, sont toutefois de faible amplitude. Le lac connaît environ 70 jours sans gel en été et des froids oscillant entre −24 °C et −50 °C au cours des mois de janvier et de février, sans prendre en considération le facteur éolien.

La flore entourant le lac Guillaume-Delisle est constituée de forêts d’épinettes blanches, d’épinettes noires, de peupliers baumiers, de mélèzes, d’arbustes variés ainsi que de mousses et de lichens qui s’étalent sur les rocs. À la fin du 19e siècle, des botanistes ont remarqué que les caribous en migration étaient attirés par le lichen des rives, devenu accessible grâce aux vents violents venus de la baie d’Hudson qui balayaient la neige.

En plus des caribous, on trouve dans les environs du lac Guillaume-Delisle des ours noirs, des carcajous, des lynx du Canada et divers autres petits mammifères. L’endroit est également fréquenté annuellement par des bélugas, qui séjournent en groupe dans le lac, mais aussi dans les estuaires de la rivière Nastapoka et de la Petite rivière de la Baleine durant l’été. Ils s’y reposent et y muent en se frottant sur le fond des cours d’eau, la présence de courants tumultueux et d’eau douce favorisant la chute des peaux mortes et la régénérescence de leur épiderme. Outre les bélugas, on note la présence de phoques adaptés à l’eau douce, que l’on peut observer dans ces mêmes estuaires et dans le lac. L’omble de fontaine, le grand corégone, le chaboisseau et la morue de l’Arctique sont les espèces les plus prisées par les pêcheurs. On dénombre également des crapauds d’Amérique, des grenouilles des bois, des salamandres à points bleus, des couleuvres rayées et 22 espèces de papillons. Les chasseurs, les cueilleurs, les botanistes et les ornithologues du village d’Umiujaq profitent donc de cette biologie diversifiée durant leurs expéditions et leurs explorations.

L’attrait majeur du lac Guillaume-Delisle demeure ses cuestas, considérées comme les plus prononcées du Québec. Ces falaises à double pente asymétrique créent un réservoir immense de 365 mètres au creux duquel se trouve le lac. On y répertorie 51 espèces d’oiseaux telles que le bruant à gorge blanche, le bruant des neiges, la grive à dos olive, le mésangeai du Canada, l’arlequin plongeur et le pygargue à tête blanche. Les amas d’îlots rocheux forment des refuges pour les oiseaux, dont l’aigle royal et le faucon pèlerin, qui sont attirés par la végétation humide et par la protection contre le vent pendant leurs nichées.

Avec une vue sur l’ouest de la baie d’Hudson et des falaises grandioses, le lac Guillaume-Delisle offre un panorama unique au Nunavik.

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