Marées de l'Ungava

Les plus hautes marées du monde surviennent dans l’estuaire de la rivière aux Feuilles, près de Tasiujaq, au Nunavik. Ces marées de 16,8 mètres contrastent avec celles de l’océan Arctique, d’à peine 0,7 mètre. Les paysages magnifiques et les écosystèmes variés de la zone du bassin aux Feuilles sont d’ailleurs protégés depuis 2008, grâce à la mise en place d’une réserve.

On définit la marée comme étant un mouvement quotidien du niveau de l’eau à un même endroit. Ce phénomène de flux et de reflux des eaux est engendré par l’attraction de la Lune et du Soleil, et est aussi tributaire de la position de la Terre. L’amplitude des marées a des conséquences importantes sur les écosystèmes, car les marées montantes peuvent être violentes et générer de grands courants marins, tandis que les marées descendantes laissent l’estran­­ – sol de la basse marée­­ – et le littoral garnis de sédiments et autres accumulations.

Les plus grandes marées observées jusqu’à ce jour sur la planète sont celles de l’estuaire de la rivière aux Feuilles, nourries par la baie d’Ungava, et celles de la baie de Fundy, entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. L’amplitude des marées de ces deux baies serait, en réalité, à peu près égale.

Kuujjuaq, Kangiqsualujjuaq et Kangirsuk, communautés riveraines de la baie d’Ungava, connaissent des marées montantes et descendantes toutes les six heures. Si l’on doit naviguer dans les environs des villages de Quaqtaq, à l’est, et Ivujivik, à l’ouest, mieux vaut détenir une excellente connaissance des marées qui y ont lieu, étant donné la violence des courants marins à ces deux endroits.

Fait inusité, les marées rendent incertaines les frontières géographiques et territoriales des  littoraux de la baie d’Ungava. Comme l’indique une étude récente du géographe Henri Dorion, l’eau recouvre par moments de grandes surfaces des berges, alors qu’à d’autres, l’estran peut s’étendre sur des kilomètres lors du recul de la marée – qui est, rappelons-le, d’une importante amplitude –, dévoilant des parcelles de terre normalement submergées par milliers. À marée basse, ces îles font partie du Québec, mais lorsque la marée remonte, elles appartiennent au Nunavut. Une situation particulière faisant en sorte que les frontières,  établies selon la ligne de rivage tributaire du reflux, sont imprécises. Résultat : cela pourrait avoir pour effet de compliquer certains aspects du  plan de développement nordique québécois.

Aussi, les changements climatiques influent sur le système des marées. En se réchauffant, le climat fait fondre le pergélisol, ce qui pourrait avoir comme impact des marées encore plus déchaînées à l’avenir, selon certains scientifiques.

La flore des rivages de l’estuaire de la rivière aux Feuilles se caractérise par la présence du saule nordique. Abondant dans la zone septentrionale, près des berges et des falaises, cet arbuste, dont les bourgeons sont consommés par les Inuits avec de l’huile de phoque, permettent à plusieurs oiseaux, tels le faucon pèlerin et le faucon gerfaut, d’y nicher. Le bœuf musqué, le caribou, le lagopède des saules, la loutre, l’ours et le loup sont les principales espèces animales qui peuvent être rencontrées dans les environs de la baie aux Feuilles.

Les marées sont favorables à la cueillette des produits de la mer. Les saumons de l’Atlantique remontent la rivière aux Feuilles, tandis que les marées rapportent algues, palourdes et moules sur le littoral. D’ailleurs, pour récupérer les moules en hiver, les Inuits attendent la marée basse et percent la glace, là où l’eau n’est pas profonde. Ils pénètrent sous les glaces, avec des traîneaux, car l’eau de la marée s’est retirée, formant une grotte gelée. Ils doivent agir vite pour cueillir les mollusques, avant que la marée ne remonte. Il leur arrive également de trouver des bigorneaux et des concombres de mer, appelés quursujuuq, qui vivent dans l’océan mais s’échouent parfois sur les battures. Le concombre de mer, malgré son nom, est un animal brun couvert d’épines qui a l’aspect d’un concombre. Les mois d’été, les Inuits vivant autour de la baie aux Feuilles ramassent aussi le qanik, une algue séchée au soleil, pour en faire des produits cosmétiques de grande qualité.

Dans la culture des ancêtres inuits, connaître le rythme des marées est considéré comme un savoir précieux, car c’est le signe qu’on peut vivre dans le respect des lois de la nature. Anciennement, on tenait compte des cycles du Soleil, de la Lune, mais aussi des marées pour concevoir le temps.

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