Les monts Pyramides

Les monts Pyramides sont situés au Nunavik, sur le territoire non organisé – c’est-à-dire ne faisant pas partie d’une municipalité locale – de Rivière-Koksoak, à environ 120 km au sud du village de Kangiqsualujjuaq, et au milieu duquel s’écoule la rivière George.  La plaine de la rivière à la Baleine, à l’ouest, le piémont des monts Torngat, à l’est, et la baie d’Ungava, au nord, constituent les limites des monts Pyramides.

Le nom de la petite chaîne de montagnes vient du pic Pyramide, dont la forme rappelle celle des célèbres monuments égyptiens. Culminant à 457 m, le pic Pyramide porte également le nom d’Ulittaniujalik, signifiant « l’endroit où il y a des lignes de rivage ». Ces lignes de rivage sont le résultat du recul d’un lac glaciaire, le lac Naskaupi, qui recouvrait le territoire il y a environ 8000 ans. Les éboulis, débris de cailloux, de gravier et de sable que l’on peut observer sur les parois du pic Pyramide, sont attribuables à l’action des glaces et des vagues lors de la baisse graduelle du niveau de l’eau du lac. Des milliers d’années de phénomènes géologiques et géomorphologiques ont contribué à façonner les paysages éclectiques que présentent les monts Pyramides.

Fait inusité, un inukshuk trône au sommet du pic Pyramide. Point de repère emblématique de la culture inuite, cet inukshuk est édifié par Bob May dans les années 30. Natif du Manitoba et marié à une Inuite, Bob May est à l’origine des premières pourvoiries du Nunavik, notamment dans les environs des monts Pyramides.

Sur les collines et parois des monts Pyramides croît une végétation typiquement toundrique composée de lichens et de mousses. À mesure que l’on descend, des plantes herbacées puis des arbustes font leur apparition, pour faire place petit à petit aux épinettes, qui tapissent le fond des vallées de la région.

La flore de la région des monts Pyramides a peu été étudiée par les botanistes dans le passé avant la mise en place du projet de parc national, en 2010. Le botaniste Jacques Rousseau, directeur du Jardin botanique de Montréal entre 1944 et 1956 effectue une première étude en 1947, durant la saison estivale, récoltant au passage 1 200 plantes vasculaires, notamment le long de la rivière George.

Par la suite, les botanistes ont recensé quatre espèces d’hépatiques – plante bryophyte, c’est-à-dire dépourvue de vaisseaux ou de racines – et quatre espèces de mousses, soit l’Apomarsupella revoluta, le Gymnomitrion apiculatum, la Scapania crassiretis, la Scapania obcordata, le Tetrodontium brownianum, l’Oligotrichum hercynicum, l’Arctoa fulvella et la Pohlia longicollis; des spécimens rares au Québec qu’il est primordial de protéger. À ce jour, la région des monts Pyramides abriterait 75 sortes de mousses, 51 hépatiques et 114 lichens. Par ailleurs, entre la fin de juillet et le début de septembre, les champignons bolets font leur apparition sur les abords du pic Pyramide.

Peu commun à cette latitude, le peuplier baumier peut être observé sur la rive occidentale de la rivière George. Cette essence d’arbre est utilisée pour fumer le poisson par les Autochtones.

Fréquentée par un troupeau de caribous migrateurs, la rivière George – qui baigne le pied des monts Pyramides – revêt une grande importance historique pour les Naskapis et les Inuits, comme pour les explorateurs partis à la découverte du Nord, puisqu’elle constitue un chemin privilégié pour traverser une partie du territoire.

Au début du 20e siècle, quelques explorateurs seulement ont foulé le sol du nord du Québec et du Labrador. En 1905, une femme, Mina Hubbard, s’embarque dans une expédition à pied pour compléter celle dont avait rêvé son mari, le journaliste Leonidas Hubbard, mort de faim lors d’un périple ayant mal tourné en 1903. Elle entreprend le voyage à la mémoire de son mari, mieux équipée et mieux préparée. Elle parvient, en 61 jours, à atteindre son objectif, soit l’embouchure de la rivière George, dans la baie d’Ungava, après avoir emprunté la rivière North West, près de Goose Bay, au Labrador; un parcours de 900 kilomètres sur une terre sauvage et rude. À la vue des monts Pyramides, elle dira : « Les montagnes s’élèvent dans le ciel clair avec un léger brouillard s’accrochant aux versants ou voilant les sommets. Il y en a une très belle au tournant. Elle me rappelle une pyramide égyptienne. » (Traduction libre, source : A Woman’s Way Through Unknown Labrador, par Mme Leonidas Hubbard, 1908.)

Le Mushuau-nipi (ou « lac de la Hutte Sauvage »), situé sur le rivage de la rivière George, est un important site archéologique de la région des monts Pyramides. Il remonte à la préhistoire amérindienne nordique. Quelques autres sites archéologiques existent le long du même cours d’eau et de ses affluents; la plupart sont des vestiges de campements naskapis historiques et préhistoriques.

Les monts Pyramides font l’objet d’un projet de parc national d’une superficie de plus de 5 000 kilomètres carrés qui assurerait la conservation et la protection d’une portion du plateau de la rivière George. Le gouvernement du Québec travaille conjointement avec l’Administration régionale Kativik, ainsi que les communautés inuites de Kangiqsualujjuaq, Kuujjuaq et la communauté naskapie de Kawawachikamach, à l’élaboration du projet de parc national des Monts-Pyramides. Aux yeux des Naskapis d’ailleurs, le territoire sur lequel sera instauré le parc national des Monts-Pyramides revêt une grande importance, tant historiquement que culturellement.

Crédit photo : Alain Thibault, MDDEFP

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