Oujé-Bougoumou

Le village d’Oujé-Bougoumou, nom qui signifie « là où les gens se rassemblent » en langue crie, se situe près du lac Opémiska, à proximité de Chapais. Habité par environ 750 personnes, il se trouve à 745 kilomètres de Montréal, dans le Nord-du-Québec. Forcés neuf fois à être délocalisés, les Cris d’Oujé-Bougoumou (en langue crie, Oujé-Bougoumou Eenou) finissent par s’établir véritablement en 1992, lors de la création du village actuel. Cette construction matérialise la philosophie de ce peuple et ses valeurs les plus profondes, lesquelles impliquent de respecter l’environnement et ses ressources, d’assurer la stabilité financière à long terme des habitants et de refléter la culture crie au plan architectural.

L’histoire du village d’Oujé-Bougoumou en est une de dépossession, contrecoup d’une exploitation minière et forestière. Le développement rapide, axé uniquement sur la rentabilité, a entraîné une destruction partielle de la forêt. Les nombreuses mines présentes sur le territoire ont aussi contribué au mécontentement du peuple autochtone, mis à l’écart dans le processus décisionnel. En 1970, les Cris d’Oujé-Bougoumou ont barré des routes et ont décidé d’occuper l’espace pour protéger leurs droits. À la suite de négociations, un accord entre les Cris et le gouvernement a permis, en 1992, la construction d’un nouveau village permanent où les habitants peuvent adopter un mode de vie traditionnel et être souverains sur leur territoire. Les Cris ont d’ailleurs choisi Abel Bosum, un chef de bande visionnaire, pour les unir et les guider dans cette mission économique, sociale et spirituelle que représente la création de leur nouveau lieu de vie.

Faisant appel au savoir de l’architecte renommé Douglas Cardinal pour la conception et la construction de son village, la communauté d’Oujé-Bougoumou s’est assurée de la transmission de son héritage cri et de sa survie, et ce, après des décennies d’errance. L’endroit est accessible par une route de gravier de 25 kilomètres reliée à la route 113, près de Chapais, qui assure à Oujé-Bougoumou la préservation de son identité.

Plusieurs activités dynamisent la région, notamment le Festival annuel de l’oie qui a lieu à la mi-juin. On y cherche de jeunes talents, on y pratique l’appel des oies, le sciage de bois et le canotage, on y confectionne la banique (de l’anglais bannock) et on se rassemble aussi lors de la cérémonie du thé. Les Cris se plaisent également à célébrer la première année de vie des enfants au cours d’une cérémonie qu’on appelle la « cérémonie des premiers pas ». Durant les rassemblements au village, la fabrication traditionnelle des raquettes et des mocassins ainsi que les techniques de dépeçage des animaux, dont la martre, sont enseignés, tout comme la médecine des anciens.

Bien que, depuis la Paix des Braves, le gouvernement québécois ait procédé à l’octroi de 20 millions de dollars visant à dédommager les Cris d’Oujé-Bougoumou pour les pertes territoriales engendrées par l’exploitation minière et forestière, le peuple vit sur des terres rasées par l’industrie. Des développements miniers à Chibougamau et des gisements à la Baie-James pourraient toutefois rapporter des sommes importantes aux Eenous qui travailleraient sur ces projets.

Tout comme bon nombre de communautés autochtones, les Cris d’Oujé-Bougoumou connaissent de nombreux problèmes sociaux tels que la pauvreté, l’alcoolisme, la toxicomanie, le décrochage scolaire et la maladie. On y dénombre notamment de nombreux cas de diabète. La communauté entrevoit tout de même son avenir avec optimisme, espérant faire de son village un lieu où le mode de vie traditionnel sert de baume aux blessures du passé.

Les Cris d’Oujé-Bougoumou optent pour le scrutin secret lors des élections au village, se distinguant des modes de désignation traditionnels qui prévalent dans d’autres communautés autochtones. Ainsi, le conseil de bande élu dépend de l’autorité des habitants d’Oujé-Bougoumou; l’administration est prise en charge par une association dont le conseil de direction est composé des membres du conseil de bande et du chef. Cette façon de faire s’écarte de la Loi sur les Indiens et de la Loi sur les Cris et les Naskapis du Québec, ce qui rend le village résolument différent et moderne. L’Organisation des Nations unies (ONU) a d’ailleurs reconnu le caractère distinct d’Oujé-Bougoumou en lui décernant, en 1995, une récompense internationale : le village fait partie des 50 communautés du monde qui incarnent le mieux les idéaux de l’organisation.

L’économie d’Oujé-Bougoumou est basée en partie sur l’écotourisme. Selon la saison, diverses activités s’offrent aux touristes, que ce soit la motoneige, la raquette, l’initiation au trappage, la pêche, la randonnée en forêt ou le canotage. Il est possible de séjourner dans la forêt boréale sur un lit de branches de conifères, dans un tipi ou encore à l’Auberge Capississit, construite en bois rond et offrant 24 chambres confortables. Les touristes apprécient de goûter à la cuisine traditionnelle crie, avec des plats à base de viande d’ours, d’orignal, de lièvre et de pain cuit sur braise et garni de fruits sauvages, une spécialité que l’on appelle « banique ».

À 20 kilomètres au nord d’Oujé-Bougoumou, on trouve la réserve du parc national Assinica, d’une superficie de 3 193 kilomètres carrés. La zone, officialisée en 2011 par le Plan Nord, favorise la protection du caribou des bois et du pygargue à tête blanche. Elle est traversée par de nombreux cours d’eau, dont la rivière Broadback.

Autour de la réserve du parc national Assinica, plusieurs sites archéologiques témoignent des déplacements fréquents des Eenous et de leur mode de vie. Vivant en harmonie avec leur environnement, ils chassent les castors de la forêt boréale et pêchent le corégone et l’esturgeon. Par ailleurs, seuls les autochtones sont autorisés à pratiquer la chasse et la pêche sur ce territoire. La création de la réserve Assinica sert également à préserver des espèces menacées de la flore comme l’hudsonie tomenteuse (Hudsonia tomentosa) et l’aréthuse bulbeuse (Arethusa bulbosa).

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