Schefferville

Fondée en 1955, Schefferville est créée à la suite du boom minier que connaît le nord de la Côte-Nord. Elle est édifiée par la compagnie canadienne Iron Ore pour répondre aux besoins des travailleurs qui arrivent massivement du sud. Bâtie entre les rives des lacs Knob, au sud, et Pearce, au nord, la ville de Schefferville est baptisée ainsi en l’honneur de monseigneur Lionel Scheffer, qui fut, de 1946 à 1966, le premier vicaire du Labrador, diocèse dont faisait partie la localité minière.

Un peu plus de 530 kilomètres séparent Schefferville de Sept-Îles. Hormis le chemin de fer, aucun réseau routier ne relie les deux villes. Il faut compter près de 12 heures pour effectuer le voyage d’une ville à l’autre par voie ferroviaire. La compagnie  de chemin de fer Transport Ferroviaire Tshiuetin inc. appartient par ailleurs aux Innus de Uashat mak Mani-Utenam et Matimekosh-Lac John ainsi qu’aux Naskapis de Kawawachikamach. Il est également possible de se rendre à Schefferville par la voie des airs grâce à la compagnie Air Inuit, qui relie la ville à Montréal et Québec à raison de trois fois par semaine.

Schefferville est située dans la taïga, et ses environs sont constitués de lichen, d’épinette noire, de sapin baumier et de pin gris.

Schefferville étant située en zone de pergélisol, l’endroit est soumis à un rude climat. En hiver, les moyennes de température sont d’environ –25 oC. Durant la saison estivale, le mercure dépasse rarement les 15 oC. 

Selon le dernier recensement, remontant à 2011, 213 personnes habitent Schefferville. Toutefois, avec les Innus (770) et Naskapis (853) des communautés avoisinantes  soit Matimekush-Lac John et Kawawachikamach –, le nombre de résidents permanents se chiffre à un peu plus de 1800.

La présence de minerai de fer dans les environs de Schefferville tout comme dans le nord de la Côte-Nord est connue depuis le 19e siècle, notamment grâce aux explorations effectuées par le père Louis-François Babel, un oblat originaire de la Suisse qui dessine la première carte de l’intérieur des terres de la Côte-Nord et du Labrador. Il est également le premier à avoir détecté la présence de fer sur ce territoire. 

En 1895, un important gisement de fer est découvert par le géologue montréalais Peter Low – alors au service de la Commission géologique du Canada – au lac Knob, sur les rives duquel se trouve aujourd’hui Schefferville. Il faudra toutefois attendre les années 30 avant que des compagnies minières ne commencent à explorer la région.

Les débuts de l’exploitation du fer par l’Iron Ore Company nécessitent la mise en place d’infrastructures pour, d’une part, transporter le minerai du lac Knob jusqu’à Sept-Îles et, d’autre part, procurer un toit et des services aux travailleurs venus du sud. À la fin des années 60, alors dans son âge d’or, Schefferville abrite près de 5000 âmes. On y retrouve une multitude de services dont, entre autres, un cinéma, des églises, des écoles, des commerces variés et un centre sportif. Des infrastructures qui, à l’époque, étaient réservées aux travailleurs venus du sud.

La situation change toutefois au début des années 80 avec la dégringolade de la demande en minerai de fer, ce qui force la fermeture de la ville. N’ayant plus d’emploi, les travailleurs quittent la région en masse. De quelques milliers d’habitants, la population de Schefferville chute à moins de 200 personnes en quelques années à peine. La ville est fermée, mais conserve toutefois son statut juridique. La présence à proximité d’Innus et de Naskapis contribue à maintenir Schefferville en vie, d’une certaine façon. Puis, des décennies plus tard, l’exploration minière reprend de plus belle. Bien que l’exploitation ne soit pas encore relancée, la ville connaît aujourd’hui un second souffle.

Les années d’exploitation du fer par l’Iron Ore Company ont laissé des traces, tant physiques que morales. Des montagnes de débris miniers parsèment le territoire et font aujourd’hui partie du paysage. Des centaines de barils de contaminants ont été laissés sur place en plus de près de 6000 barils vides. On travaille d’ailleurs à monter un projet pour éliminer ces déchets. En outre, quand l’IOC décide de fermer Schefferville au début des années 80, on détruit des maisons et des infrastructures dont auraient pu profiter les Premières nations demeurées sur place.

Chose certaine, avec le regain que connaît Schefferville grâce aux deux compagnies minières qui s’y sont installées pour y faire de l’exploration – soit Labrador Iron Mines et New Millennium –, les Autochtones comptent bien, cette fois, être partie prenante du développement. 

Bien que l’industrie minière soit le principal moteur économique de la ville, la chasse et la pêche représentent une source de revenus non négligeable. Chaque année, durant la belle saison, les Scheffervillois accueillent des milliers de chasseurs venus entre autres des États-Unis pour chasser le caribou. Schefferville est d’ailleurs surnommée « la capitale du caribou », comme les amateurs de chasse ont accès à un million de bêtes – soit les troupeaux de la rivière George et de la rivière aux Feuilles –, facilement repérables par GPS grâce aux émetteurs portés par plusieurs animaux, colliers qui ont été posés par des biologistes à des fins de recherche. On peut également y chasser l’ours noir et le petit gibier. La pêche n’est pas en reste grâce aux milliers de lacs dont la région est recouverte.

Fait inusité, la reine Elizabeth II et son époux, le prince Philip, ont tous deux séjourné à la Guest House, une auberge bâtie sur le bord du lac Knob, lors d’une tournée royale en 1959. C’est également entre les murs de cette auberge qu’est décédé le premier ministre Maurice Duplessis, en septembre 1959, alors qu’il était venu à Schefferville pour pêcher.

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